Arequipa, Couvent Santa Catalina

(continue in English) – Dernière mise à jour : 10 octobre 2020

Le couvent Santa Catalina est sûrement le lieu le plus intriguant d’Arequipa, il est visité par pratiquement tous les voyageurs s’arrêtant au moins une journée dans la deuxième ville du Pérou. Fondé en 1579, il accueillait principalement des femmes de la haute société qui s’y retiraient avec leurs servantes. Jusqu’à 450 religieuses habitaient essentiellement de petites maisons regroupées en rues.

De l’extérieur le couvent présente un long et haut mur d’enceinte, entourant toute une portion de la vieille ville sur une surface de deux hectares.

A l’écart de la circulation de la ville, on y visite tranquillement plusieurs cloîtres, des galeries de peinture et de nombreuses cellules.

Aussitôt passé le guichet, une escouade de jeunes femmes tout sourire, habillées d’un seyant tailleur orange et noir tente d’imposer leurs services de guide, laissant penser aux visiteurs intimidés que leur présence est obligatoire. Comme toujours dans ces circonstances, leur discours calibré et débité tout au long du parcours apporte des informations, mais leur empressement à arriver au moment du pourboire pour ensuite tenter de cornaquer un nouveau visiteur peut ne pas être approprié pour photographier tranquillement.

Reste la possibilité de faire deux fois le tour, mais l’inspiration spontanée du premier instant risque de s’émousser.

Le noviciat

La première cour ouvre sur une arche portant le mot silence en grosses lettres, elle mène au noviciat où les jeunes aspirantes au couvent devaient passer quatre longues années dans le silence et la méditation avant de prononcer leurs vœux définitifs. Une longue période probatoire pour éprouver la solidité de leur foi et leur capacité à endurer l’isolement de la vie moniale.

Une porte étroite ouvre sur un petit cloître aux arcades de pierres blanches et sans décoration, tout autour plusieurs cellules dont une assez spacieuse met en scène un mannequin représentant une novice en train de prier dans un coin de sa chambre. De là il ne semble pas y avoir de communication vers d’autres parties du couvent, on y vit en vase clos.

Une architecture colorée

A mesure que l’on pénètre dans les cours et les couloirs, les couleurs éclatantes dont sont peints les murs séduisent l’œil et saturent l’espace. S’agissait-il d’égayer la vie recluse des religieuses ou est-ce une disposition moderne pour plaire aux visiteurs, la réponse demeure incertaine mais l’effet reste saisissant et photogénique.

Le couvent est parcouru par plusieurs passages que l’on pourrait assimiler à des rues, elles ont reçu le nom des principales villes espagnoles comme Malaga, Cordoue, Tolède, Séville, Burgos ou Grenade. De chaque côté de belles portes anciennes donnent accès aux cellules individuelles, parfois précédées d’un petit patio.

Les cellules

Les cellules individuelles étaient occupées par les religieuses issues de riches familles. Elles payaient une dot importante en arrivant au couvent, non seulement elles venaient avec une partie de leur mobilier, mais aussi une ou plusieurs servantes les accompagnaient dans la vie religieuse et continuaient à les servir dans les tâches domestiques. Quelques cellules sont encore aménagées pour refléter ce mode de vie et imaginer la vie sociale interne au couvent, les sœurs se recevant pour converser ou même chanter et jouer de la musique.

Les lits répondent davantage aux attentes de sobriété de la vie religieuse, ils sont placés dans des alcôves isolables par des rideaux et surtout sous une arche protectrice en cas de tremblement de terre.

Les servantes disposaient d’une chambre attenante et de cuisines individuelles situées dans les courettes internes de ce qui ressemblait à de petits appartements.

Bien souvent un escalier permettait de rejoindre le toit en forme de terrasse où se poursuivait une partie de la vie domestique, voire servait de lieu pour s’aérer de la vie confinée du couvent.

La vie quotidienne

Plusieurs aspects de la vie quotidienne se devinent à travers la disposition des lieux reflétant les pratiques de l’ancien temps. Comme ce lavoir collectif organisé autour d’une série de vasques alimentées par une rigole d’eau. La piscine aussi, permettant des bains lavant les corps et purifiant l’esprit. Ou encore les confessionnaux, aménagés de manière à ce que les prêtres n’aient pas à pénétrer dans les murs du couvent mais puissent officier depuis l’église dont le mur mitoyen est percé adéquatement.

Après leur entrée au couvent, les sœurs n’avaient plus de contact avec l’extérieur, elles passaient le reste de leur vie entre les hauts murs les séparant du reste de la ville. Au mieux pouvaient-elles communiquer avec leur entourage dans des parloirs maintenus dans l’obscurité et munis d’une double rangée de grilles, une étagère tournante permettait d’échanger quelques menus objets. Les livraisons plus conséquentes, comme pour l’alimentation du couvent, s’organisaient dans une cour isolée des autres parties du complexe religieux.

Plusieurs petits jardinets égayent courettes et recoins, là encore il est difficile de faire la part entre la recréation authentique et l’aménagement moderne destiné à plaire. On peut cependant estimer que les journées devaient être longues à occuper et quelques tâches jardinières pouvaient probablement s’y glisser, quitte à leur trouver une dimension symbolique.

La vie communautaire

La vie du couvent s’organisait aussi au travers des lieux collectifs comme le réfectoire ou le chœur, il permettait aux sœurs d’assister aux offices religieux tout en restant séparées du reste de la nef de l’église.

Une pinacothèque a été organisée dans de longues salles voûtées qui autrefois servaient de dortoir aux religieuses sans fortune et ne disposant pas de leur cellule individuelle. Ce sont essentiellement des œuvres d’art à caractère religieux.

Au cours des siècles, les autorités religieuses se sont plusieurs fois inquiétées des dérives du mode de vie particulier au couvent de Santa Catalina. Plusieurs réformes furent mises en place pour les ramener vers la vie religieuse. Aujourd’hui le couvent continue son activité dans une partie à l’écart du périmètre des visites. Depuis 1985 et la visite du pape Jean Paul II, les religieuses peuvent à la fois communiquer avec l’extérieur et sortir de l’enceinte lorsque cela est nécessaire.

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4 commentaires

    • Il y a en Amérique latine une combinaison d’éléments intéressants. Les civilisations anciennes à l’Ile de Pâques, les Mayas ou les Incas. Le passé colonial espagnol ou portugais ayant laissé des ensembles assez cohérents comme à Arequipa, Carthagène ou Cuba. Une nature exotique aux Galápagos, au Costa Rica ou en Amazonie. Des villes modernes comme Brasilia. Dans l’ensemble une ambiance plus européenne qu’en Amérique du nord. Je ne peux que vous encourager.

      Aimé par 1 personne

    • Oui c’est une plongée dans un mode de vie assez difficile à imaginer mais la présentation des lieux permet de s’en faire une idée. Tout comme le couvent est isolé physiquement du reste de la ville, la visite se fait comme dans une bulle temporelle. Merci du commentaire.

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