Dans les rues de Filadelfia

(continue in English) – Dernière mise à jour : 15 octobre 2020

Aux deux tiers de la route Trans-Chaco, Filadelfia surgit comme un mirage au milieu du désert. Une ville propre et bien tenue, avec tous les services dont peut rêver le voyageur. Non seulement c’est une heureuse surprise au milieu de cette région famélique, mais dans un pays où les villes vivent dans un chaos permanent, l’ordre et le calme qui règnent à Filadelfia constituent des exceptions appréciables. Juste un indice, les motocyclistes portent tous un casque.

La raison de cette singularité s’explique par l’origine de la ville. Elle fut fondée en 1930 par un groupe d’environ 1500 Mennonites ayant fui les persécutions du régime communiste de l’Union soviétique. On leur avait promis le bateau et le train, ils finirent en carrioles tirées par des bœufs et des mules.

Ancienne voiture à cheval typique des Mennonites mais qui ne sont plus utilisées ici, à l’inverse d’autres communautés plus traditionnalistes :

Au centre de Filadelfia figure la reproduction de la Porte de la Liberté par où les Mennonites quittèrent l’Union soviétique :

Contrairement à d’autres communautés mennonites, les nouveaux arrivants ont décidé d’adopter les méthodes les plus modernes afin de développer la pauvre terre qui leur revint. Ils ont alors concentré leurs efforts sur quelques filières en s’organisant verticalement au sein d’une coopérative, Fernheim. Le lait, la viande de bœuf, les cacahuètes ou le sésame sont produits dans des fermes familiales réunies en villages, la coopérative s’occupe de transformer et de commercialiser. Les revenus servent à doter la communauté de structures collectives comme pour l’éducation ou la santé.

Filadelfia est devenue la plus grande ville du Chaco, partie de rien en 1930, elle compte aujourd’hui 20.000 habitants dont une moitié de descendants des premiers pionniers. Attirés par les emplois et les conditions de vie, d’autres sont venus s’y installer comme plusieurs groupes de populations autochtones.

Les Mennonites venus de Russie avaient précédemment fui les Pays-Bas et la Prusse au cours des siècles, refermés sur eux-mêmes ils sont parvenus à conserver leur langue d’origine, le Plautdietsch, assez proche de l’allemand moderne. C’est avec un peu d’étonnement que l’allemand reste la langue principale de Filadelfia, la radio locale est en allemand ainsi que les panneaux et le nom de la plupart des villages des environs.

Au centre de Filadelfia se trouve le parc de la Mémoire, pour ne rien oublier du passé difficile. Plusieurs arbres bouteilles y poussent avec leur silhouette amusante.

C’est aussi dans le parc que les anciens bâtiments administratifs de la colonie sont transformés en musée. Les objets des premiers temps s’y accumulent, sans véritables explications.

Les anciennes salles de classe contiennent des expositions sur la région, la faune et les peuples autochtones, ainsi que sur le périple des Mennonites.

Knelsen Haus est une belle maison construite en 1948 par Jakob Knelsen au centre de Filadelfia et qui servit comme hôtel. Depuis 2002, son réaménagement cherche à refléter la demeure typique de cette époque.

Malgré les aménagements, les conditions climatiques du Chaco continuent de peser sur la vie des habitants, que ce soit la chaleur ou le vent, affronter l’extérieur reste une épreuve.

A Filadelfia, la plupart des activités sont gérées par la coopérative Fernheim, comme l’hôtel Florida. Cet hôtel, avec sa piscine dans une région pauvre en eau, a la réputation d’être le meilleur établissement du Chaco. Il illustre bien le début de développement du tourisme dans une région que la route Trans-Chaco commence à désenclaver, la ville voisine de Loma Plata suit la même tendance.

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3 commentaires

    • Je crois que les deux villes tiennent leur nom de la Bible, l’une et l’autre ayant été créées par des mouvements religieux. Dans la Bible, Filadelfia désigne une ville située en Asie, sa signification littérale étant  »amour fraternel ». Mais c’est vrai qu’on est davantage familier de la grande ville américaine et qu’on ne peut s’empêcher d’y penser.

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