Rue Deschambault, chez Gabrielle Roy

(continue in English) – Dernière mise à jour : 26 octobre 2020

Au début du 20ème siècle, la rue Deschambault était un endroit tranquille et isolé aux limites de Saint-Boniface, à l’écart de l’agitation du centre-ville de Winnipeg. Il en est toujours un peu ainsi.

Au 375 de la rue Deschambault, se trouve la maison natale de Gabrielle Roy, la grande écrivaine franco-canadienne. Une maison que l’on retrouve dans son œuvre, ainsi que ses souvenirs d’enfance et de jeunesse dans un Manitoba à la fois rural et francophone.

Gabrielle Roy est née en 1909, la plus jeune de onze enfants. Elle grandit à Saint Boniface au Manitoba dans cette maison de la rue Deschambault qu’elle ne quitta qu’en 1937. Ensuite elle voyagea et vécut plusieurs années en Europe avant de s’installer à Montréal puis à Québec, ses parents étaient d’ailleurs originaires du Québec avant de se fixer au Manitoba.

La mère de Gabrielle Roy, Mélina, fut le modèle de ses nombreux personnages de mères déterminées et courageuses. En tant que cadette, Gabrielle resta très proche de sa mère avec qui elle vécut de longues années. C’est elle qui commença par encourager ses talents d’écriture tout en l’incitant à se tourner vers l’enseignement procurant une profession plus stable.

Après l’école normale, Gabrielle Roy enseigna plusieurs années dans des écoles rurales du Manitoba, puis à Saint-Boniface. Le métier d’institutrice permettait à de très jeunes filles de devenir autonomes financièrement et d’exercer une activité respectée. Elle se passionnait cependant pour le théâtre, rêvant d’y faire carrière, et pour l’écriture, commençant à publier des textes dans les journaux régionaux.

Le père de Gabrielle Roy fut pendant plusieurs années un agent de la colonisation, il était chargé d’installer et d’accompagner de nouveaux immigrants dans les plaines de l’ouest du Canada, cela le conduisait à de longues périodes d’absence. Il possédait lui-même les terres d’une concession. Sa fille s’intéressa par la suite à cet aspect du Canada, ses grandes régions agricoles où s’installèrent les nouveaux arrivants.

C’était aussi un fervent soutien du Parti Libéral. Il fut cependant profondément affecté lorsque le gouvernement du Manitoba supprima le français comme langue officielle de la province et en limita l’enseignement. Le Premier ministre fédéral ne s’y opposa pas, il s’agissait pourtant du libéral Wilfrid Laurier, le premier Premier ministre d’origine francophone. Il profita au contraire de la division de ses adversaires sur la question linguistique pour parvenir au pouvoir, se gardant bien d’intervenir dans la querelle des écoles du Manitoba.

La famille Roy vivait sans opulence mais avec l’essentiel du confort bourgeois disponible au début du 20ème siècle. Le chemin de fer ayant largement facilité la distribution des biens domestiques produits dans les grandes villes industrielles de l’Est, jusque dans les villes plus éloignées dans l’Ouest.

Cependant cette situation changea lorsque le père de Gabrielle Roy perdit son emploi de fonctionnaire en 1915. A partir de cette époque les soucis financiers revinrent régulièrement. Après la mort du père en 1929, sa mère tenta de faire face financièrement mais dû se résoudre à louer une partie de la maison, puis à la vendre pour en devenir locataire.

Cela entraina des changements de dispositions des pièces, la maison finit même par être divisée en quatre logements indépendants. Lors de la restauration de la maison pour en faire un musée, l’aménagement d’origine a été rétabli, tel que l’a connu Gabrielle Roy dans sa jeunesse. La visite se fait aujourd’hui à l’aide d’un audio-guide, mais les souvenirs de lecture suffisent souvent à la rendre vivante.

Les ainés ayant quitté la maison familiale, l’étage sous les combles devint le domaine de Gabrielle Roy, elle aimait se réfugier et jouer au grenier lorsqu’elle était enfant. La fenêtre donnant sur les arbres et les champs, puis l’infini de l’horizon lui inspira bien des rêveries. C’est de cette position élevée qu’elle se lança dans ses premières tentatives d’écriture.

On y voit notamment la machine à écrire ayant servi pour le Bonheur d’occasion. Ce fut le premier roman écrit par Gabrielle Roy. Il fut publié en 1945 et connut un succès immédiat. Deux ans plus tard il recevait le Prix Fémina, l’un des principaux prix littéraires français. Très vite il fut publié en anglais sous le titre de The Tin Flute et ses droits réservés pour une adaptation cinématographique.

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3 commentaires

    • Je recommande Bonheur d’occasion, c’est un roman bien construit et instructif sur la vie à Montréal au milieu du 20ème siècle. La Petite Poule d’Eau peut se lire comme un documentaire sur la vie rurale du Manitoba au début du 20ème siècle. Bonne lecture.

      Aimé par 1 personne

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