Les mines d’argent de Potosi

(continue in English) – Publié : 16 décembre 2020

La visite des mines d’argent ressemble à un passage obligé lors d’un séjour à Potosi. Il existe de nombreuses autres mines en Bolivie, mais aucune ne se visite avec autant de facilité, à se demander si leur maintien en activité ne remplit pas d’abord un but touristique.

Le bien-fondé de la visite est souvent discuté, certains voyageurs préférant y renoncer par respect pour les malheureux mineurs qui méritent mieux que d’être considérés comme un spectacle. Parfois ce renoncement se mélange plus ou moins confusément avec la crainte des claustrophobes. Cette opinion est parfaitement respectable, au même titre que la décision de pénétrer dans les mines, en suivant l’un des nombreux guides, souvent un ancien mineur ayant trouvé là un moyen d’existence moins dangereux.

Officiellement la mine appartenant à l’Etat est fermée. Depuis, une quarantaine de coopératives continuent d’exploiter l’intérieur du Cerro Rico qui domine Potosi. Les coopérateurs se partagent les profits éventuels, sans vraiment travailler eux-mêmes. Dès qu’un filon exploitable est découvert, ils engagent du personnel à bas coût pour faire le travail. On ne trouve plus guère d’argent, mais essentiellement de l’étain et du plomb.

En préparation de la visite, il faut passer par le vestiaire où se revêtir d’une combinaison pour protéger les vêtements, mettre des bottes et un casque avec lampe frontale. Il faut ensuite acheter des cadeaux pour les mineurs, sac de feuilles de coca, alcool à 96 degrés, cigarettes artisanales et boissons. Il y a sur place un kiosque sommaire couvert de bâches en plastique où s’approvisionnent mineurs et visiteurs.

Avant de commencer leur longue journée sous terre, les mineurs se rassemblent par petits groupes, mâchent des feuilles de coca qui progressivement forment une boule déformant la joue d’une grosse bosse. Elle sera ruminée longtemps pour en tirer l’énergisant qui les fera tenir dans des conditions inhumaines. Il y a aussi une vieille femme servant un repas rapide qui semble bien apprécié.

Vient le moment de pénétrer dans la mine. A l’entrée un compresseur bruyant envoie de l’air à l’intérieur par une grosse conduite en plastique. Le pourtour de l’entrée est joliment construit, donnant l’impression d’un ouvrage avec maçonnerie. Ce n’est qu’une façade, dès les premiers mètres sous terre, la paroi tient par elle-même, quelques rares et coûteux madriers de bois renforcent à peine la précarité de l’ensemble. Bientôt, le point blanc de l’entrée disparait pour ne laisser que la lumière des lampes frontales.

Alors que ma guide m’explique le fonctionnement des opérations dans un passage plus étroit, on entend soudainement le grondement d’une benne qui approche. Il faut alors se dépêcher de revenir en arrière pour trouver un endroit plus large et se coller contre le roc. La benne passe devant nous, les mineurs nous remarquent à peine, poussant à l’aveugle, ils seraient bien incapables d’arrêter leur lourd charroi.

Il fait chaud, l’air est chargé de poussière, le sol est irrégulier avec des flaques de boue, le plafond de hauteur variable demande parfois à se courber. Des galeries partent sur les côtés, plusieurs sont fermées par une porte à barreaux, l’une sert de réserve pour la dynamite. Pour rejoindre les galeries au-dessus ou au-dessous, il faut se faufiler dans des trous munis d’échelles rudimentaires.

Arrivé au fond d’une galerie, on aperçoit une série d’alvéoles dans lesquelles la dynamite sera introduite, une mèche dépasse de l’une d’entre elles. Une fois les mèches allumées les mineurs ne disposent que de quelques minutes pour se mettre à l’abri, aussi loin que possible. Après l’explosion, les gravats seront évacués dans les bennes.

A plusieurs reprises ma guide engage la conversation avec les mineurs, moment pour leur remettre les quelques cadeaux achetés à l’entrée. Elle leur parle notamment des rumeurs de grève pour forcer les coopérateurs à assurer de meilleures conditions pour leurs ouvriers. Accidents, maladies ou retraite ne sont pas couverts et chacun s’en remet à la chance ou à la protection des dieux.

Je les sens réticents à son argumentation. Leur objectif est d’accumuler un peu d’argent et de se lancer dans autre chose ensuite, commerce ou taxi par exemple. Certains y réussissent, entretenant le rêve des suivants, d’autres tombent avant et alimentent la vision d’enfer attachée aux mines, non sans raison. Bien que l’on soit loin du travail forcé des Indiens ou des esclaves africains d’autrefois, les conditions restent difficiles pour des salaires ridicules.

En revenant vers la sortie, au fond d’un couloir en cul de sac, se trouve une statue du Tio, le dieu que les mineurs superstitieux invoquent pour stimuler leur chance. Il est de coutume de lui faire quelques offrandes.

Visiter une mine ne laisse donc pas indifférent et brasse en nous un mélange d’émotions et de sentiments, on en ressort avec pitié et humilité. Profitant de cet état psychologique favorable, un adolescent vend des échantillons de minerais dans l’éblouissement de la sortie. Il explique que cela lui permet d’échapper à la mine pour le moment, si cela devenait insuffisant, il lui faudrait y aller à son tour.

D’autres bennes arrivent, elles sont déversées sur des tas différents selon les commanditaires. Ces gravats seront ensuite concassés et triés dans des installations vétustes à flanc de montagne, jusqu’à obtenir une concentration de minerai pouvant être conditionné dans les sacs standards qui seront commercialisés.

Depuis près de 500 ans, le Cerro Rico a été percé de tous côtés. Des milliers de galeries s’entremêlent dangereusement. Beaucoup y ont perdu la vie, quelques-uns y ont fait fortune, l’enfer et le rêve en un même lieu.

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