La mission jésuite de Trinidad

(continue in English) – Publié : 15 mai 2021

Trinidad est la mieux conservée des missions jésuites du Paraguay. Elle se trouve au sud du pays à proximité de la ville d’Encarnación.

Au cours des 17ème et 18ème siècles, les Jésuites établirent trente missions dans la région aujourd’hui partagée par le Brésil, l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay. A l’origine il s’agissait de pacifier les tribus de Guaranis qui s’étaient révoltées contre les tentatives de colonisation.

Les Jésuites transformèrent le projet religieux en organisation politique, allant jusqu’à constituer une entité relativement autonome, disposant de sa propre armée. Devenus une menace pour les autorités coloniales, les Jésuites furent expulsés d’Amérique du sud en 1767.

La Santisima Trinidad del Paraná a remarquablement survécu à l’expulsion des Jésuites. Bien que relativement récente à l’époque, puisque la mission ne fut établie qu’en 1706, la qualité de son organisation, se traduisant par l’expertise de son architecture, lui a permis de poursuivre son existence. Elle est demeurée une sorte de modèle pour les autres missions et aujourd’hui c’est l’ensemble de ruines le plus évocateur à visiter au Paraguay.

Toutes les missions d’Amérique du sud furent conçues sur le même plan, à quelques variations près. Au fond de la grande place centrale, l’église principale occupe tout un côté. A Trinidad, l’église était autrefois surmontée d’un dôme qui devait ajouter à son aspect majestueux.

La nef de l’église possède des dimensions imposantes, même si sa voûte s’est effondrée avec le temps. Sur les murs, le décor baroque peut encore se deviner, reproduisant le style européen.

Malheureusement de nombreuses statues ont été détruites par les pilleurs, pensant y trouver des caches, avec de l’or et des objets précieux laissés par les Jésuites, notamment dans les têtes.

D’autres sculptures ont pu être retrouvées ou réparées. Les traits manquent un peu de finesse, là encore ce sont des figures européennes qui sont représentées.

Sous la nef, une petite crypte recueillait les dépouilles des prêtres décédés, les cercueils étaient conservés sur des étagères de pierre.

Contigüe à l’église se trouvait le logement des prêtres ainsi que les ateliers de la communauté, entourant une cour fermée par un haut mur.

Sur les trois autres côtés de la place centrale, commençaient les rangs de maisons destinées aux Indiens sédentarisés. Les populations des réductions, pour reprendre la terminologie de l’époque, étaient invitées à se convertir, profitant de certaines convergences dans les croyances. Elles étaient ensuite incitées à s’installer autour de l’église en apprenant l’agriculture et l’élevage.

La structure des tribus fut préservée, à leur tête les populations conservèrent leurs chefs, les caciques, aujourd’hui encore ils veillent d’un œil bienveillant sur les villages. Les Jésuites s’efforcèrent cependant de faire évoluer les mentalités. Par souci de décence, ils insistèrent pour que chaque famille dispose d’un logement séparé. Précédant les façades, il y avait des galeries couvertes où une partie des tâches domestiques pouvaient s’effectuer, puis des arcades supportant le toit.

Trinidad compta bientôt plusieurs milliers d’habitants, capables de commercer en exportant leur production agricole et leur artisanat. En plus de l’église principale, il existe une autre église entourée d’une galerie extérieure, soutenue de beaux piliers carrés délicatement sculptés.

Au milieu des autres bâtiment, une tour-mirador est présentée comme une tour de guet ou un moyen de communiquer avec la mission voisine située à 10 kilomètres, 6 miles. Explications peu convaincantes quand les toits des églises voisines s’élevaient plus haut.

Les ruines forment un ensemble urbain cohérent dont le plan d’ensemble est toujours visible. On est marqué par l’ambition du projet et par la qualité de l’exécution. Les Jésuites étaient parvenus à créer une communauté un rien utopique s’approchant de l’idéal, misant sur l’excellence.

La Ruta Jesuitica est une organisation moderne qui s’efforce de fédérer les initiatives autour des missions jésuites du Paraguay. De nombreuses activités sont mises en place, tant en faveur des visiteurs que des habitants. Il y a notamment une marche reliant les différents sites qui n’est pas sans rappeler le Chemin de Compostelle.

Le site de La Santisima Trinidad del Paraná a été inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 1993.

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10 commentaires

  1. Je ne connais pas très bien le pays Paraguay, mais la mission jésuite a une histoire fascinante, surtout dans une région du monde où la majorité des gens sont catholiques. Le Paraguay est un petit pays moins connu que le reste de l’Amérique du Sud, mais ça m’intéresse d’y aller un jour pour que je puisse découvrir ce qu’il offre. Merci du partage!

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    • C’est très juste de dire que le Paraguay est moins connu de l’extérieur de l’Amérique du Sud, il y a cependant de nombreux visiteurs des pays voisins, Argentine et Brésil, si bien que les structures touristiques existent. Dans l’ensemble le pays est cependant resté à l’écart de la modernité et beaucoup d’endroits restent très authentiques.

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  2. Ton article me replonge dans mon voyage au Paraguay, j’avais beaucoup aimé ces ruines jésuites, il n’y avait personne lorsque j’y suis allée ce qui a rendu la visite encore plus impressionnante

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    • Il est certain que le Paraguay ne connait pas encore le tourisme de masse. Les ruines de Trinidad ne sont pas très étendues et entourées du village contemporain, mais je comprends que l’absence de visiteurs permet d’imaginer plus facilement la vie de la mission autrefois à partir de ce qu’il en reste.

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    • I visited Trinidad at the end of the day, until the sun set. You have to imagine the colours, the movements, the shouts, the smells, the smoke, all the people coming and going, the animals, the craftsmen, the merchants; and then the ringing bells pacing the life of the community. For the time in this remote region it was a remarkable accomplishment.

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